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Interview avec Nico Chassing


Par Jérôme, le 14 septembre 2004

On a appris dernierement que Nico Chassing, LA référence du kayak freestyle français, allait quitter notre beau pays pour retrouver les rives du Zambèze. On ne pouvait décidemment pas le laisser partir sans lui accorder une petite interview...

Tu étais revenu il y a 4 ans vivre en France après avoir passé 7 années sur le Zambeze, qu’étais tu venu trouver ?

On est revenu en France après la naissance d’ Imogen. Pas mal de facteur nous on decidé à faire ce pas. Premièrement le tourisme en Zambie, où l’on habitait, s’essoufflait fortement avec les problèmes politiques du Zimbabwe, qui est le pays limitrophe (le Zambeze étant la frontiere entre les deux.) Deuxièmement, après avoir passé pas mal d’années sur les bords du Zambeze, j’avais envie de voir autre chose. Troisièmement, le freestyle se développait bien en France et j’avais envie d’y participer un peu. Et quatrièmement je n’avais jamais réellement bossé en France, donc j’avais envie de rentrer dans l’inconnu...

La France a-t-elle tenue toute ses promesses en terme de qualité de navigation et d’animation nationale ?

La qualité de navigation en France n’est définitivement pas comparable avec celle du Zambeze. En france tu te les cailles au moins 6 mois par an, et sur des spots pas toujours fabuleux. Sur le Zambeze c’est 9 mois de navigation garantie, dans de l’eau chaude et sur des vagues fantastiques ! Par contre au niveau du choix des rivières, la France a quelques centaines de runs à offrir, la Zambie n’en a qu’une dizaine ! C’est une expé pour y aller, et des crocos t’y attendent souvent de pieds ferme !

Sinon, l’animation nationale s’est bien développée en France. Le Free Kayak Tour est de retour cette année, la commission freestyle est bien organisée et relativement bien vue et implantée a la fédé. Beaucoup de boulot a été fournit ces deux dernières années et cela commence a payer...

Tu étais président de la commission freestyle de la fédération, qu’as tu retenu de cette responsabilité et dans quel sens vois tu évoluer la situation du freestyle en France ?

J’étais effectivement president de la commission freestyle jusqu’à maintenant et pour tout vous dire, je n’ai pas franchement été a la hauteur de mes responsabilités. Ce n’est pas que je n’étais pas motivé, mais j’avais juste trop de boulot et pas le temps de m’investir a fond là-dedans. Par contre je tiens vraiment a remercier Nadine, Jon, Fred Roussel, Fred Lascou, Gilles et tous les autres qui ont été fabuleux et on vraiment fait avancer le freestyle. Un grand merci donc a tous !

Pendant ces deux dernières années la commission freestyle a réussi a faire intégrer le freestyle à la fédé. Un budget est alloué a l’equipe de France de freestyle, une animation nationale et regionale est en train de se mettre en place, il y a les pagaies couleurs freestyle, le règlement qui évolue, des juges formés et officiels... Tous ça sont des points positifs qui vont permettre au freestyle d’avancer.

Mais bon nous sommes toujours au pied d’un grand mur et beaucoup de boulot et de temps sera necessaire pour faire évoluer la situation generale du kayak en France. Nous sommes en retard de quinze ans au niveau de l’équipement dans les clubs, de la façon d’enseigner le bateau, de donner envie au gens de faire du kayak.

Le kayak en France est rentré, il y a longtemps, dans une routine conservatrice, hyper compétitive, et renfermée a toute évolution, à cause de règlements imposants qui n’évoluent jamais. Cela change doucement, mais on est encore loin de donner envie a monsieur tout le monde de faire du bateau.

Par exemple, ca m’énerve vraiment quand j’entends un club me dire que le seul moyen d’avoir des subventions est de ramener des résultats en competition. Je suis sur que si un club de kayak a quelques centaines d’adhérents et un super dynamisme à organiser des sorties, présenter des documentaires de leurs voyages dans la salle des fêtes de leur ville, il aura plus de subventions qu’un club de 20 adherents, tourné a 100% vers la compétition et qui rapporte une médaille des championnats de France chaque année.

Enfin les choses évoluent doucement avec la nouvelle génération...

Pour ma part, j’organise chaque année des stages de Freestyle/Freeride qui justement appliquent ces nouvelles méthodes d’enseignement qui donnent confiance et envie aux gens de naviguer. Cela a l’air de marcher vu le succes des stages de cette année. Par exemple j’ai eu cette année au moins trois jeunes de 12 ans, qui se sont éclatés a surfer la grosse vague de Lyon !!! Quand j’ai commencé le kayak c’était quelquechose d’impensable !

Il y a de plus en plus de marques de bateaux de freestyle, et pourtant le marché a l’air de s’essouffler. Moins de kayakistes aux Etats-Unis sont salariés par les marques pour naviguer, les innovations se font moins nombreuses, les compétitions aux USA sont moins suivies. Penses tu qu’il y a mutation de l’activité, une reorientation des marques dans leurs campagnes de promotion ou est ce que l’on assiste a un déclin de la discipline ?

Une mutation, nous assistons comme tu l’as dit a une mutation, et non a un déclin. Les innovations des formes des bateaux de freestyle ont fortement ralentis et les pagayeurs ne changent plus leurs bateaux tous les ans, mais probablement tous les deux, voir trois ans. Cela explique le nombre en diminution de pagayeurs sponsorisés et salariés. Il y a une augmentation du nombre de pagayeurs, mais seulement moins de demande au niveau du materiel.

Moins de pagayeurs également se déplacent sur les competitons de freestyle. Il y a quelques années la nouveauté du freestyle et la qualité des évènements, souvent tournés en festival avec des concerts, bouffes, etc, ont fait déplacer des tonnes de gens sur les manifs. Maintenant, les gens tendent plus a partir en week end faire de la riviere ou du freestyle sur une super vague, plutôt que de se limiter a quelques minutes navigation sur une compet.

En Freestyle, il y a la notion de PLAISIR qui est primordiale, et si les gens ne se font plus plaisir en compet’, ils ont toujours l’option d’aller naviguer autre part. C’est ce qui se passe en ce moment.

Dans les prochaines années je vois les grands évènements comme Lyon et les toutes petites manifs régionales proches des clubs survivre, mais les évènements de moyennes tailles, je pense, disparaîtront.

Pourquoi retournes tu vivre sur le Zambeze ? C’est plus pour le Life Style Africain ou pour la qualité de navigation ? Pourquoi pas plutôt sur les rives du Nile Blanc en Ouganda ?

J’ai maintenant l’expérience d’avoir vécu et bossé en France et en Afrique. Je suis très partagé et pourrait vivre soit dans l’un soit dans l’autre. Mais nos choix se sont tournes vers la Zambie et le Zimbabwe. Ce sont deux systèmes et styles de vie très différents qui ont chacun leurs bons et mauvais côtés. L’Afrique c’est du tout ou rien, la France c’est un système qui te fera vivre dans la moyenne.

Mes plans sont de bosser en Afrique, mais de retourner en France chaque année faire mes stages de kayak en Juin, Juillet et Août.

Non, nous n’allons pas sur le Nile, les parents de Sharon habitent Hararé, la capitale du Zimbabwe, et nous ne serons comme ca pas très loin. Je connais bien le Zimbabwe et la Zambie, le Nile est quand même a 4500km au Nord.

Etant amis de longue date avec Corran Addisson, vas tu naviguer avec des bateaux Dragorossi ou rester fidèle a Riot ?

J’ai toujours pagayer les bateaux de Corran car il est le seul à innover. Le fond plat, les carres, c’est Corran. Mais maintenant, les bateaux ont tendance a être de plus spécifiques. Un bateau pour la vague, un bateau pour le rouleau, un bateau pour chaque spot ! Je suis très content que Corran reste dans le business pour faire évoluer les formes, mais pour l’instant, vu que je navigue dans pleins de spots différents, je veux un bateau polyvalent. Mon contrat avec Riot est fini et je m’amuse bien a tester les différentes formes du marche. Pour l’instant je navigue un Wave Sport Zero Gravity 48 que je trouve fabuleux ! Hyper polyvalent, très bien dans quasiment toutes les situations...

Comment vois tu l’évolution de la discipline et notamment des contests et l’apparition du nouveau règlement ?

Je suis franchement assez pessimiste au niveau des contests. En bateaux de freestyle, on se fait tellement plaisirs a naviguer toute une journée sur un spot, ou descendre une riviere en creek boat, que je pense que seul une elite de pagayeurs ira se confronter sur les contests. Je pense que dans le futur, cela ressemblera au Surf, avec un circuit pro et une masse enorme de pagayeurs qui surferont pour le plaisir.

La competition t’intéresse-t-elle toujours autant ou est ce que tu vas plutôt passer tes week ends a naviguer pour le plaisir, sans les contraintes et la foule des contests freestyle ?

Les années passent et ne se ressemblent pas ! J’etais à un moment très motivé par les contests. Maintenant je suis toujours motivé par rester au premier plan, et naviguer tous les jours, mais c’est vrai qu’entre faire des bornes pour naviguer cinq fois 45 secondes, ou aller a Hawaii sur Rhone pour le week end, ben je préfère largement Hawaii.

Je n’arrête pas la competition, je sélectionne juste les évenements auquel j’ai vraiment envie de participer, pour passer un super weekend.

J’ai également maintenant vraiment envie de faire passer mon experience aux autres, d’enseigner le kayak et de donner le goût aux gens de faire du bateau. Les résultats de mes stages sont super encourageant... J’ai également envie d’écrire un bouquin sur le kayak new School, pour justement faire évoluer le système d’enseignement en France.

Que penses tu de la nouvelle marque Sud Af, Fluid Kayak ?

Je connais un peu le boss de la boite. Ils ont sorti un bateau qui s’ appelle le Flirt. C’est un très bon bateau, sans innovation particulière, mais c’est un bateau qui marche et ils n’ont vraiment pas raté leur lancement.

Le bateau est je crois decliné en trois tailles donc chacun peu y trouver son compte. Si ils arrivent à le vendre en Europe a un prix inférieur aux plus grandes marques, ca devrait bien marcher. La finition étant quand même bien inférieure aux autres marques.

Voila, un grand bonjour a tous du Zambeze ou je suis en ce moment. Je suis le guide pour un stage freestyle d’une boite Irlandaise.

Bonne navigation a tous,

Nico

Un grand merci à Slap, notre photographe-reporter des stars, pour les photos de Nico. Merci aussi à Nico pour avoir répondu à nos questions et profite bien du Zambeze, reviens en France quand tu veux...


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